"Aberdeen est une saloperie de petite ville à plus de cent kilomètres de Seattle. A l'origine, la ville n'était rien de plus qu'un bordel. Il y avait là une dizaine de putes qui vendaient leurs corps aux marins en route pour l'Alaska. Et puis certaines prostituées sont tombées enceintes et n'ont pas eu le courage de repartir. Aberdeen était née".
C'est par ce jet d'acide que Chris Novoselic, bassiste de Nirvana, décrit la ville qui a vu grandir Kurt Cobain, que ce dernier décrivait comme "un ramassis de ploucs, de flingues et d'alcool, à l'écart de toute culture". Un coin paumé réjouissant, où le taux de suicide est l'un des plus élevé des USA, et où seule l'industrie forestière semble à peu près bien se porter.
Pourtant, Kurt né le 20 février 1967 de Donald, mécanicien auto, et Wendy Cobain n'est pas un enfant triste. Un gamin ouvert, vivant, enthousiaste, voire exalté. Jusqu'au divorce de ses parents en 1976. Une rupture dont il portera éternellement la blessure, béante.
Intervenue aux alentours de ses 7 ans, cette séparation le désoriente. Elle casse le peu de repères et de confiance en lui de cet hypersensible. La réalité sordide de ce qui l'entoure lui tombe massivement sur les épaules. Jusqu'alors garçonnet insouciant, Kurt Cobain se referme comme une huître, devenant timide et morose. Tristement banale, la séparation de ses parents a fait naître chez lui un sentiment de méfiance et de honte dont il n'arrivera plus jamais à se défaire.
"Je me rappelle seulement n'avoir subitement plus été la même personne, et l'impression de ne plus valoir le coup. Je sentais que je ne méritais plus de traîner avec les autres gosses, parce qu'ils avaient encore des parents et que je n'en avais plus".
Inconditionnel des Beatles, l'enfant se réfugie dans l'écoute de la musique et le dessin. Et l'abîme se creuse davantage encore entre lui et les autres, ces autres dont le destin tout tracé est de ressembler à leurs parents - bûcherons, pêcheurs, chômeurs - et lui qui se refuse farouchement à cet avenir au ciel bas. Régulièrement ballotté ensuite entre le foyer de sa mère et la caravane de son père, c'est chez ce dernier qu'il découvre le hard-rock des seventies: Led Zeppelin, Black Sabbath, Aerosmith. Révélation. Ce rock abrasif et provocateur est plus en phase que les Beatles avec la violence de son propre malaise.
Une autre révélation s'impose bientôt à lui à l'adolescence: la tempête libertaire du mouvement punk britannique dont la provocation et le nihilisme le fascinent. Elle entre dans sa vie à peu près en même temps que les opiacés. Kurt Cobain s'est acheté une guitare électrique d'occasion et martyrise alors consciencieusement son instrument durant des heures.
"Dès l'instant où j'ai eu ma guitare, j'en suis devenu complètement obsédé. Je ne voulais plus rien faire d'autre". Le hardcore américain, version US du punk anglais en moins candide, plus agressif et nettement plus politisé, sera son dernier point d'ancrage. "J'ai spontanément été attiré par les groupes psychotiques et sauvages, les trucs affreux et extrêmes", reconnaissait-il. Des groupes comme Black Flag, plus proches et plus modernes que les Sex Pistols, synthétisent alors ses angoisses.
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C'est par ce jet d'acide que Chris Novoselic, bassiste de Nirvana, décrit la ville qui a vu grandir Kurt Cobain, que ce dernier décrivait comme "un ramassis de ploucs, de flingues et d'alcool, à l'écart de toute culture". Un coin paumé réjouissant, où le taux de suicide est l'un des plus élevé des USA, et où seule l'industrie forestière semble à peu près bien se porter.
Pourtant, Kurt né le 20 février 1967 de Donald, mécanicien auto, et Wendy Cobain n'est pas un enfant triste. Un gamin ouvert, vivant, enthousiaste, voire exalté. Jusqu'au divorce de ses parents en 1976. Une rupture dont il portera éternellement la blessure, béante.
Intervenue aux alentours de ses 7 ans, cette séparation le désoriente. Elle casse le peu de repères et de confiance en lui de cet hypersensible. La réalité sordide de ce qui l'entoure lui tombe massivement sur les épaules. Jusqu'alors garçonnet insouciant, Kurt Cobain se referme comme une huître, devenant timide et morose. Tristement banale, la séparation de ses parents a fait naître chez lui un sentiment de méfiance et de honte dont il n'arrivera plus jamais à se défaire.
"Je me rappelle seulement n'avoir subitement plus été la même personne, et l'impression de ne plus valoir le coup. Je sentais que je ne méritais plus de traîner avec les autres gosses, parce qu'ils avaient encore des parents et que je n'en avais plus".
Inconditionnel des Beatles, l'enfant se réfugie dans l'écoute de la musique et le dessin. Et l'abîme se creuse davantage encore entre lui et les autres, ces autres dont le destin tout tracé est de ressembler à leurs parents - bûcherons, pêcheurs, chômeurs - et lui qui se refuse farouchement à cet avenir au ciel bas. Régulièrement ballotté ensuite entre le foyer de sa mère et la caravane de son père, c'est chez ce dernier qu'il découvre le hard-rock des seventies: Led Zeppelin, Black Sabbath, Aerosmith. Révélation. Ce rock abrasif et provocateur est plus en phase que les Beatles avec la violence de son propre malaise.
Une autre révélation s'impose bientôt à lui à l'adolescence: la tempête libertaire du mouvement punk britannique dont la provocation et le nihilisme le fascinent. Elle entre dans sa vie à peu près en même temps que les opiacés. Kurt Cobain s'est acheté une guitare électrique d'occasion et martyrise alors consciencieusement son instrument durant des heures.
"Dès l'instant où j'ai eu ma guitare, j'en suis devenu complètement obsédé. Je ne voulais plus rien faire d'autre". Le hardcore américain, version US du punk anglais en moins candide, plus agressif et nettement plus politisé, sera son dernier point d'ancrage. "J'ai spontanément été attiré par les groupes psychotiques et sauvages, les trucs affreux et extrêmes", reconnaissait-il. Des groupes comme Black Flag, plus proches et plus modernes que les Sex Pistols, synthétisent alors ses angoisses.
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